LE VIATIQUE
Ce mot me rappelle la chanson de Georges Brassens, « L’Ancêtre », qui raconte de façon humoristique l’accompagnement affectueux d’un ami vers son dernier voyage. Le terme
viatique trouve son origine dans le latin *viaticum*, signifiant « provisions pour le voyage ».
Il désigne, dans la tradition chrétienne, le dernier sacrement donné au mourant.
Dans son sens profane, il désigne aussi ce qui permet de subsister durant un déplacement. Mais, dans une approche initiatique, le viatique prend une dimension bien plus profonde : il devient ce qui nourrit l’être dans son cheminement intérieur.
Dès le cabinet de réflexion, nous avons eu plusieurs symboles, alors incompréhensibles, qui nous amenèrent à une introspection : le VITRIOL.
Le futur initié s’est retrouvé notamment avec du pain (pour ceux qui ne l’ont pas mangé !), de l’eau, du sel et quelques autres artefacts ; on pourrait les considérer comme des viatiques, nourriture du corps et de l’esprit sur les voyages initiatiques à venir. Ils sont nécessaires pour le voyage intérieur et extérieur.
Pour l’initiation, le parrain accompagne son ou sa filleul(e) à franchir les épreuves ; l’acception du terme viatique est illustrée par l’aide de son guide à passer les épreuves.
Une fois accepté Apprenti, il s’appuiera sur d’autres viatiques pour commencer à tailler sa pierre, enlever les aspérités, suivant la formation de sa loge, des surveillants et de l’instruction dispensée.
Au moment du passage au 2ème degré, le Compagnon en devenir, qui a passé les épreuves et reçu les outils et enseignements de son niveau, se voit recevoir, avant de quitter la loge pour s’enrichir et découvrir le monde, un baluchon ou bissac accroché à son bâton de voyageur.
Ce viatique contient le pain, le vin, le sel, un miroir et des rubans de couleur rappelant sa loge.
Cette cérémonie d’adieu, baignée d’émotion, où le point spectaculaire est l’obstacle fait par deux officiers au Vénérable Maître qui tente de suivre ses compagnons, poussés au dehors pour découvrir leur destinée, est symboliquement chargée !
Cette symbolique est à plusieurs niveaux :
– Le pain, le vin et le sel représentent la nourriture du corps et de l’esprit. Initiatiquement, ce sont les provisions du voyage qui permettront un long chemin d’apprentissage.
Le pain, le vin et le sel sont des symboles d’évolution et du travail ayant dû passer par de nombreuses étapes pour donner ce qu’ils sont.
Étrange concordance avec la destinée du Compagnon :
Ne va-t-il pas avoir à découvrir le vaste chantier de la vie, pour réaliser son œuvre et montrer ainsi sa valeur ? Il aura éprouvé ses cinq sens, épurés de passions, mis à l’épreuve ses enseignements et savoirs, réalisé en tenant compte des expériences des grands initiés et pourra ainsi participer à une grande construction.
À signaler que le miroir et le bâton pavoisé de rubans portent d’autres fonctions :
– Le reflet de soi-même, permis par le premier, est un moyen de se voir autrement, pouvant aller jusqu’à la mise en abyme de sa vie…
– Le bâton pourra trouver de nombreuses fonctions : d’appui, de soutien, d’affirmation (voir la solennité du Maître de Cérémonie), de rythme de progression, d’arme (défense et protection du compagnon), mais aussi de mesure (paume, palme, empan, pied et coudée). On y retrouve la suite de Fibonacci (nombre d’or).
Muni de ces viatiques, le Compagnon va devoir trouver la liaison entre l’évadement horizontal du Compagnon et l’axe du monde.
(Je pourrais utiliser cette excellente formule, reprise d’un fabricant de cordes d’escalade ou de spéléologie et adaptable pour la F:.M:. : « Si vos horizons sont verticaux », et y rajouter : « alors vous êtes dans la symbolique de l’équerre ! »)
Ce maçon aura fait son pas de côté et sera revenu dans l’axe, modifié et transformé par le travail nécessaire à sa réalisation.
À titre personnel, ne peut-on pas considérer que la création d’une nouvelle loge, correspondant exactement aux idéaux que la franc-maçonnerie représente, et qui nous permette de continuer notre évolution, en harmonie et sérénité avec nos sœurs et frères choisis, soit un chef-d’œuvre ?
La découverte, lors de notre exploration du monde réel, de la franc-maçonnerie, de ses rites, de ses loges, mais aussi de ses hommes, de leur personnalité et de leurs éventuelles dérives, nous permet d’évaluer si nous sommes dans des conditions qui nous semblent correspondre aux fondamentaux de notre société initiatique.
Merci à mes compagnons des trois grades avec lesquels nous avons construit cette pièce d’architecture, ce viatique moral, symbole maçonnique par excellence !
Quand notre étoile flamboie et semble nous indiquer une autre direction, n’est-ce pas ce retour du pas de côté, dans l’axe, qui détermine notre niveau, synthèse de l’équerre, du fil à plomb et de la règle ?
De quoi avons-nous réellement besoin pour avancer sur nous par le chemin initiatique ?
Peut-être que ce que l’on emporte est moins important que ce que l’on apprend et surtout ce que l’on devient ?
En conclusion,
le viatique, passé d’un état matériel de subsistance à un mode plus intellectuel de l’apprentissage aboutissant au savoir-faire et à la connaissance liés à la pratique du Compagnon, se transcende en âme de la réalisation définissant la maîtrise qui, sur le plan profane, se définit comme : faire juste ce qu’il faut, juste en quantité nécessaire et au juste moment.
Sagesse, Force et Beauté sont là, intimement présentes.
Cette étape dans notre vie nous a fait gagner une vraie fraternité, une famille renforcée, rencontrer de belles personnes comme rarement dans notre expérience, et nous permet une amélioration intérieure vers de hautes valeurs.
Que la fraternité de notre ordre initiatique soit en mesure de perpétuer notre renaissance, et gageons qu’elle nous aide, si le besoin s’en fait sentir, à aplanir, voire surmonter ou contourner les éventuels obstacles !
Vénérable Maître, j’ai dit.
P.H.
Le viatique
Travaux 2ᵉ degré